Par  Dr Boubacar Dankoko

 

C’est quoi la santé ?

Ne répondez surtout pas qu’il s’agit de l’absence de maladie ! Le concept a une dimension bien plus grande. En effet, jusqu’au début du 20ème siècle, la communauté médicale internationale opposait la santé à la maladie et faisait de la lutte contre cette dernière la préoccupation exclusive des services de santé. Les personnels étaient formés pour soigner les malades avec des fortunes diverses, ou conduire de grandes campagnes de vaccination pour protéger les populations contre les maladies infectieuses qui faisaient des ravages lors d’épidémies foudroyantes. Dans la première moitié du 20ème siècle, les préoccupations sociales et sanitaires se multiplient  (lutte contre la tuberculose, hygiène alimentaire, hygiène des lieux de travail, prophylaxie des maladies infectieuses, etc.).

En réalité, le monde effectue un grand pas à partir de la Conférence internationale de la Santé à New York, en 1946. Adoptée à cette occasion et entrée en vigueur le 07 avril 1948, la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Cette définition affirme, avec force, la relation étroite entre la santé et l’environnement global de l’individu. Elle présente la santé comme un idéal auquel chaque personne aspire en organisant, à cette fin, sa vie quotidienne à la maison, dans son quartier, son village, son pays, son milieu de travail, dans ses relations avec ses parents, ses amis, ses collaborateurs, ses voisins, etc.

 Tout en convenant du caractère très relatif du « complet bien-être » qui couvre tous les aspects de la vie de l’individu, il faut admettre, tout aussi relativement, que quelqu’un en bonne santé, doit, entre autres :

  • être indemne de toute maladie ou infirmité,
  • avoir des sources stables de revenus,
  • être bien logé, dans une nature propre et agréable à voir et à sentir,
  • développer des relations humaines faites de paix et de sérénité,
  • avoir une nourriture saine et suffisante,
  • accéder facilement à tous les services sociaux utiles à sa vie,
  • vaquer sans aucune entrave, objective ou subjective, à  ses activités sociales, professionnelles ou récréatives.

L’argent est sans doute utile, mais n’est pas suffisant pour assurer la bonne santé de la personne. Des cas de maladies ou d’infirmités touchant indifféremment des personnes de diverses catégories sociales sont nombreux. L’argent ne fait pas forcément le bonheur, même s’il y contribue dans une très large mesure. Un père de famille, à la quête de sa dépense quotidienne pour nourrir sa progéniture, devient sûrement mieux portant lorsqu’il trouve un emploi régulier bien rémunéré. Un milliardaire qui se suicide à la suite d’une déception sentimentale ou pour échapper à un scandale imminent, est dans « un état de déséquilibre » qui le pousse à l’irréparable. Une épouse soumise, par son mari, à un cycle de violences, de restriction de sa liberté de mouvements, l’empêchant de dormir la nuit, n’est sûrement pas dans « un état de complet bien-être », malgré l’abondante nourriture et le grand luxe mis à sa disposition. Des enfants vivant avec le traumatisme du divorce de leurs parents, des élèves sous la menace d’une année scolaire blanche ou invalide, des transporteurs persécutés par les forces de police, des hommes politiques embastillés pour un délit d’opinion, des paysans insuffisamment dotés de moyens pour une nouvelle campagne agricole, sont autant d’exemples où le sentiment de bien-être peut manquer.

Dans ces diverses circonstances, certaines personnes peuvent présenter des signes de souffrance comme l’insomnie, la diarrhée, l’anorexie*, les palpitations, la grande asthénie*, l’amaigrissement résistant à tout traitement médical. Ce qui peut en faire des clients très fréquents des salles de consultation ou d’hospitalisation, voire de grands hypocondriaques* qui ont mal partout, changent de médecin régulièrement ou en voient plusieurs en même temps, engloutissent des quantités impressionnantes de médicaments sans aucun succès, mettant alors leur vie en danger ! Dans notre entourage de tous les jours, nous en rencontrons, sans souvent nous imaginer les raisons profondes de telles situations. En réalité, nos hôpitaux regorgent de trois catégories de patients :

  • ceux qui sont malades (avis de l’expert en santé),
  • ceux qui semblent malades (perception de l’entourage)
  • et ceux qui se croient malades (perception du patient lui même).

A l’échelle de la communauté, bien qu’étant la résultante des états des individus, la santé s’envisage sous une autre dimension. Il est, en effet, utopique de mesurer le bien-être de chacun et de vouloir, dans une rigueur mathématique, en déduire celui du groupe. C’est pour cette raison que les épidémiologistes* et les planificateurs utilisent les aspects  négatifs de la santé pour déterminer l’état de santé des populations d’une région ou d’un pays, par exemple.  À l’aide d’indicateurs judicieusement conçus, ils établissent les différentes formes de souffrances présentes dans la population. Ils se servent des informations recueillies dans les structures de santé (les registres de consultations,  d’hospitalisations,     d’accouchements ou de décès, les dossiers individuels des malades, etc.) ou après des enquêtes sur le terrain (dans les maisons, les lieux de travail, etc.). Avec ces indicateurs, il est aisé d’établir et d’analyser le profil sanitaire de la communauté en les associant à d’autres données sur la démographie, l’environnement physique, économique, social, politique ou culturel.

1 :Ce cours est un extrait de mon livre « De la Santé à l’Etat, sur le chemin du bien-être en Afrique » (Dr B.S.Dankoko)

 

DEFINITION  DES  MOTS

Anorexie :Absence ou perte d’appétit

Asthénie : Fatigue, affaiblissement de l’organisme

Epidémiologiste : Spécialiste qui étudie la distribution des phénomènes de santé dans la communauté.

Hypocondriaque : Personne ayant une tendance maladive, obsessionnelle, à se préoccuper de sa santé et du fonctionnement de son corps, rattachant le moindre signe à de graves maladies (imaginaires)

Morbidité (taux de) : Fréquence des maladies et autres souffrances dans la population.

Mortalité (taux de) : Fréquence des décès dans la population. 

Santé : « Etat de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » (OMS).

                          ________Fin du cours_______________

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